Dépaysages

Text by French Curator Ann Stouvenel

Arpenteur du monde, Bi Rongrong est sans cesse en quête de mobilité, de dépaysement. Chaque nouveau contexte et chaque nouvelle rencontre rythme ses productions. Au cours de ses voyages, elle conserve méticuleusement une quantité d’images, de nuances et de sensations. Les formes et les couleurs alors capturées sont annotées, disséquées, redessinées dans une course contre la maîtrise d’une lumière en perpétuelle variation.

Suite à la collecte de ces petits fétiches, l’artiste investit de grands cubes blancs et neutres dont elle se joue. Ses fragments de réalité se transforment peu à peu en objets aplanis, qu’elle sublime par une composition contrastée où la couleur éclate face à de larges zones sombres. Ainsi, les formes-objets, décontextualisées de leur milieu originel et dans lesquelles elle zoome jusqu’à atteindre l’abstraction, s’étendent à travers l’espace comme autant de décryptages d’un environnement que l’on croyait bien connaître.

L’essence de ses peintures réside dans la contemplation et l’imperceptible. Envahis par ces décors, nous devenons fourmis et de minuscules surfaces blanches attirent l’œil. Cette multitude de fenêtres nous aspire vers un ailleurs. Elle donne aussi une clé de lecture de l’ensemble, dévoilant une superposition des plans, une énergie, un vide. Ces percées pourraient bien être le point de départ vers une reconstruction du motif d’origine, vers une vision globale des forces d’attraction et d’opposition qui animent les formes géométriques. Souvent d’autres dessins de plus petite dimension, chargés d’arabesques florales et exécutés avec une grande finesse, se superposent à la peinture murale et marquent un arrêt sur un détail spécifique. Détachées de la fresque qui devient alors support, ces respirations soulignent le changement d’échelle et la préciosité de ces échantillons.

Des allers-retours entre les pleins et les vides, des mondes conscients et inconscients, déploient à l’image d’une projection mentale l’univers poétique de Bi Rongrong, naviguant entre orient et occident, abstraction et figuration, fracas et plénitude.